La grande histoire d’une petite synagogue
Posté par odessavega le mai 26, 2008
La visite de la première synagogue d’Egypte, dans le quartier copte du Caire
A la station de Mar Guirguis, la ligne de métro semble séparer deux quartiers qui, bien qu’éloignés de quelques mètres à peine, contrastent étrangement. D’un côté les immeubles, les commerces et les passants sont ceux d’un quartier égyptien de couche sociale moyenne, et de l’autre, les touristes, toutes nationalités confondues, se déplacent par petits groupes, plan du quartier en main, ou accompagnés de leur guide.
Le vieux Caire est le plus ancien des quartiers du Caire. La plupart des vieilles églises coptes sont situées sur les ruines de la forteresse romaine de Babylone du Caire, qui date de l’époque d’Auguste. C’est le cas de l’église El Moallaqa (La suspendue), ainsi que l’église grecque orthodoxe Saint Georges, construite au-dessus d’une des tours, ce qui explique sa forme arrondie. Le quartier est constitué d’un ensemble de petites ruelles, serpentant entre églises coptes, et couvents.
La synagogue Ben Ezra
Un peu en retrait, se trouve la synagogue Ben Ezra, la plus ancienne d’Egypte. Elle n’est pas très grande, mais séduit par la simplicité de ses lignes. Jusqu’à la fin des années soixante, elle était entretenue et gardée par des membres de la communauté juive. Maintenant, les employés qui y travail sont tous de confession musulmane. Selon l’un d’entre eux, qui travaille dans la synagogue depuis presque 15 ans, très peu de Juifs sont restés en Egypte sous la présidence de Nasser, et une centaine seulement seraient encore vivants. Le fait de travailler dans une synagogue ne semble pas le déranger; « Je respecte toutes les religions… mais je suis musulman. » dit-il.
Une histoire riche en couleurs
Le puits où Moïse aurait été trouvé
L’histoire de la synagogue Ben Ezra est un peu mouvementée. Les Juifs édifièrent sous le règne du roi babylonien Nabuchodonosor, une synagogue, à laquelle ils donnèrent le nom de Jeremiah, en l’honneur du prophète qui les guida lors de leur retour en Egypte. Ils choisirent cet endroit pour la bâtir, car ce serait là que la fille du pharaon trouva Moïse dans un panier, au fond d’un puits. Le temple fut détruit lorsque les Romains envahirent l’Egypte, et les Coptes bâtirent à sa place une église orthodoxe, qui fut saccagée à l’époque fatimide. C’est en 1115, qu’Abraham Ben Ezra, un grand rabbin venant de Jérusalem revendiqua le terrain. Il fut alors convenu que les Juifs pourraient reconstruire leur temple, en échange de quoi ils devraient verser le tribut annuel de 20 000 dinars en or. Ben Ezra rebâtit la synagogue qui porte encore son nom.
Le hall de prière comprend trois nefs et douze colonnes en marbre, comme une église, et les murs et le plafond sont couverts d’arabesques islamiques. La synagogue comprend un deuxième niveau qui forme une balustrade au dessus du hall de prière, pour que les femmes assistent à l’office, loin du regard des hommes.
Le vitrail situé au dessus du Genizah vu de l’extérieur
L’élément le plus important d’un point de vue historique est probablement le Genizah. Tout au fond de la salle, sous le vitrail se trouve un endroit où sont enterrés des textes périmés portant l’un des sept Noms de Dieu qu’il est interdit d’effacer, selon la tradition juive. C’est là que le rabbin et historien américain, Solomon Schechter, trouva en 1894 des milliers de documents, ainsi que la Torah inachevée, attribuée à Ezra le Scribe. Les fragments de ces documents furent dispersés aux Etats-Unis et en Europe, mais selon un employé de la Synagogue, l’ancienne Torah se trouverait maintenant dans le Sinaï.
La vieille synagogue a traversé les siècles sans prendre une ride. Et bien qu’elle ne soit plus un lieu de culte, elle a conservé une ambiance sacré qui invite au recueillement.


